Saint Boniface : la mission de trop

Saint Boniface, d'après une gravure ancienne.
Saint Boniface, d’après une gravure ancienne.

Son nom de baptême ne vous dit sans doute rien : Wynfrid est pourtant un des saints les plus célèbres de l’époque carolingienne. Né en Angleterre, il devient moine et enseigne à Nurstling. Appelé à Rome par Grégoire II, il se vit attribué, en même temps que le nom de Boniface, la mission d’évangéliser la Germanie. Un territoire qu’il connaissait déjà, y ayant prêché en 716. La Bavière, la Thuringe, mais surtout la Hesse sont au centre de son travail apostolique. Boniface, devenu évêque en 722, poursuit son œuvre d’organisation ecclésiastique. Des évêchés, des monastères, dont celui de Fulda, sont créés à son initiative. Boniface accomplit une œuvre telle que Carloman le convainc de réformer également l’église franque. Les synodes se succèdent, en 743, 744 et 747, mais la résistance du clergé franc est telle qu’il se voit obliger de se cantonner à son évêché de Mayence. Un retrait de façade car Boniface est, sans conteste, un homme d’importance. Un homme si important que c’est vers lui que Pépin le Bref se tourne afin de valider -et de soutenir- sa prise de pouvoir.

Le triomphe de la laïcité

Emile Combes (1835-1921).
Emile Combes (1835-1921).
Quand le radical Émile Combes entre au gouvernement, il fait de la lutte contre le cléricalisme l’objet principal de son activité ministérielle. Il applique avec rigueur la loi de 1901 sur les congrégations et supprime deux mille cinq cents écoles libres. Émile Combes se montre si intransigeant avec les clercs que même le président du conseil, Waldeck-Rousseau, proteste : après tout, les congrégations ont été éliminées !
Mais Combes ne semble pas satisfait et s’attire rapidement les foudres de l’Assemblée qui le contraint à démissionner le 18 janvier 1905.

Monophysisme : la rupture orientale

Le baptême du Christ.
Le baptême du Christ.

Toutes les hérésies -et il faut reconnaître qu’elles furent nombreuses aux premiers siècles de l’Eglise- ne toucheront pas l’Orient et l’Occident uniformément. La différence vient d’abord du lieu où la polémique s’est fait jour et, surtout, de la situation dans laquelle se trouvait alors soit l’Orient, soit l’Occident.
C’est au Ve siècle, alors que l’Occident est en butte aux invasions germaniques, alors que l’empire s’effondre, que naît l’hérésie monophysiste. Et, bien entendu, c’est en Orient qu’elle se développe. Initialement soutenue par l’école d’Alexandrie, le monophysisme semblait devoir triomphé, notamment après ce qui deviendra le "brigandage d’Ephèse" (449), où les défenseurs de l’orthodoxie subiront certaines violences. Surtout, l’empereur byzantin, Théodose II devait apporter son soutien à l’hérésie. Une hérésie qui n’en sera vraiment une qu’après le concile de Chalcédoine (451) où la double nature du Christ, totalement homme et totalement Dieu, sera réaffirmé. La cause aurait pu être entendue. Elle ne le sera pas. Les monophysistes dénoncèrent le concile de Chalcédoine, déposeront et assassineront le patriarche d’Alexandrie Proterius, l’évêque d’Antioche Pierre le Foulon et installeront, en lieu et place de Proterius Timothé Ælure.

L’Église face au libéralisme

Pie IX (1792-1878).
Pie IX (1792-1878).

Quand Giovanni Maria Mastai Ferretti est élu pape, en 1846, sous le nom de Pie IX, personne ne se doute que cet homme, totalement en dehors de tout parti politique, va vivre un des plus longs et des plus difficiles pontificats de l’histoire de l’Église.
D’abord considéré comme l’espoir des libéraux, Pie IX sera chassé de Rome par eux et devra se battre pour conserver les pouvoirs temporels de l’Église, selon lui garants de son intégrité spirituelle. Pie IX allait mener une lutte de vingt ans contre la jeune république italienne et étendre cette lutte à tous les libéraux d’Europe.

Ponce Pilate, le procurateur le plus célèbre du monde

Ponce Pilate présentant le Christ au peuple, d'après l'œuvre d'Antonio Ciseri.
Ponce Pilate présentant le Christ au peuple, d’après l’œuvre d’Antonio Ciseri.

Certainement, Ponce Pilate est le procurateur romain le plus célèbre du monde. Mais outre le fait qu’il permit l’exécution de Jésus de Nazareth, que sait-on réellement de cet homme ?
Cinquième procurateur romain de Judée de 26 à 36 après J.-C., Ponce Pilate était, selon les historiens Philon et Josèphe, un être rapace, injuste et cruel. Des déclarations qui sont à prendre avec parcimonie si l’on considère que Philon et Flavius Josèphe sont des historiens juifs et donc peu enclin à l’impartialité.
Il semble cependant que, dès le début de son mandat, Ponce Pilate ait commis nombre d’erreurs, propres à heurter le sentiment juif. Il fit défiler les troupes romaines, toutes enseignes déployées et ordonna de puiser dans le trésor du Temple afin de construire un aqueduc. Une décision qui devait provoquer un incident sanglant. Sans doute alors est-ce afin de se racheter et pour ne pas créer de nouvel incident qu’il abandonna Jésus au Sanhédrin, lequel l’avait déclaré coupable et condamné à mort. Une condamnation qui se devait de recevoir l’aval du procurateur, ce dernier étant le seul à avoir droit de vie et de mort en Judée. Et ainsi en fut-il fait.

Les femmes vues par l’Église au Moyen Âge

>Allégorie de l'Eglise triomphante, représentée par une statue féminine.
Allégorie de l’Eglise triomphante, représentée par une statue féminine.

Au Moyen Âge, la tradition biblique et patristique, si elle n’est pas connue de tous, est l’apanage des hommes d’Église. Et cette tradition présente la femme comme inférieure à l’homme et comme devant lui être soumise, ainsi que le prescrit saint Paul. Une idée que renforcera encore l’étude des textes d’Aristote au XIIIe siècle. D’ailleurs, des siècles durant, l’Église a prétendu que les femmes n’avaient pas d’âme… Telle est, en tout cas, l’idée que l’on se plaît à nous présenter, oubliant pour l’occasion ladite tradition biblique qui, dans la Genèse précise bien que « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa ». Ce qui, si on sait lire, signifie que si l’un a une âme, l’autre aussi…
Cette misogynie, dont on accuse l’Église, était-elle réelle ? Était-elle générale dans tous les milieux ecclésiastiques ? Certains universitaires se posent la question et, allant au delà de la simple recherche conciliaire et doctrinaire, décortiquent littéralement sermons et exempla, afin de donner une vision plus réelle du regard de l’Église sur la femme.

Sainte Catherine de Sienne, la petite épouse du Christ

Représentation du
Représentation du "mariage" de sainte Catherine de Sienne.

Fille d’un modeste teinturier père de vingt enfants, Catherine de Sienne a des visions mystiques dès l’âge de sept ans. Entrée chez les tertiaires dominicains, elle devait vouer son existence à la mortification. Surtout, elle acquit très rapidement une solide réputation de mystique. Se considérant comme une épouse du Christ -ce dont elle aurait eu une vision-, elle sera profondément touchée par la situation de l’Eglise, embarquée dans le Grand Schisme. Epouse du Christ, comme l’est l’Eglise catholique selon les canons, Catherine ne pouvait qu’être bouleversée par les déchirements que vivait l’Eglise durant ces années-là. De fait, l’Eglise était alors divisée et, fuyant Rome, le pape s’était réfugié à Avignon. Accompagnée de son confesseur, Catherine n’aura de cesse de rencontrer Grégoire XI et de le convaincre de rentrer dans la cité sainte. En vain. Deux ans plus tard, le Grand Schisme éclata pleinement et l’Eglise se dota alors de deux souverains pontifes -il y en aura même trois au début du XVe siècle. Un livre de dialogue et près de quatre cents lettres confirment l’implication de Catherine de Sienne dans cette affaire.

Les juifs, un « peuple maudit »

Un juif au XIVe siècle, d'après une iconographie du Moyen Âge.
Un juif au XIVe siècle, d’après une iconographie du Moyen Âge.

On a longtemps accusé l’Église d’être à l’origine de certains massacres que subirent les juifs au Moyen Âge ou même de leur expulsion de certains pays. Pourtant, contrairement aux idées reçues, l’Église sera une des rares institutions à les protéger et même à les recueillir, comme le prouve l’importante communauté juive résidant dans le Comtat venaissin, c’est-à-dire dans les anciens États du pape. De la même façon, ce serait une grossière erreur que de penser que les juifs furent maltraités tout au long du Moyen Âge : il y eut un « âge d’or » des juifs en Occident, notamment au sud de l’Europe, jusqu’à la première croisade. Il est aussi évident qu’il a existé, durant tout le Moyen Âge, époque où le spirituel se mêlait étroitement au temporel, un fossé infranchissable entre juifs et chrétiens, du fait même de la nature de ces deux religions. Cela n’empêchera pas les intellectuelschrétiens de s’intéresser fortement à la religion et à la civilisation juives.

Eusèbe de Césarée aux sources du christianisme

Portrait d'Eusèbe de Césarée (265-340).
Portrait d’Eusèbe de Césarée (265-340).

Ce prélat grec, né en Palestine vers 270, tient un rôle essentiel dans la compréhension de l’histoire du christianisme, pour la bonne et simple raison qu’il en est l’initiateur. Entre 310 et 324, il rédige l’Histoire ecclésiastique, ouvrage dans lequel il retrace l’histoire du christianisme des origines jusqu’en 323. Erudit universel, il écrira également une Chronique ou Histoire universelle, basée sur la Bible et les écrits des historiens de chaque peuple, des travaux de géographie biblique, des traités exégétiques, apologétiques et théologiques… des matières qui étaient loin d’être son point fort.
En effet, autant Eusèbe est un historien et un compilateur admirable, autant du point de vu théologique il va se révéler assez faible. De fait, ce disciple d’Origène va monter de vives sympathies pour l’arianisme au point même de participer au concile de Tyr qui, en 335, condamnera à l’exil (le premier de 5) saint Athanase, évêque d’Alexandrie et opposant farouche d’Arius.
Enfin, le patriarche de Césarée (il avait été nommé à ce poste en 313) va se révéler fin politique et même habile courtisan : favori de Constantin durant des années, il sera l’auteur d’une Vie de l’empereur.

Des gnostiques à Arius : les hérésies des premiers siècles

Les premières heures du christianisme semblent actuellement, et en raison notamment de certaines publications loin d’être historiquement rigoureuses, passionner les foules. Et en effet, passionnantes elles le sont car c’est à ce moment-là, durant les quatre premiers siècles de notre ère qu’une religion, désormais pratiquée par quelques deux milliards d’individus à travers le monde, s’est construite, à forger ce qui allait devenir une croyance réfléchie, pensée. Car c’est bien ainsi qu’il faut voir les hérésies qui ont marqué les premiers siècles de l’Eglise : comme des mouvements ayant permis d’affiner une croyance, de tenter de la raisonner, de l’expliquer.