Les douze travaux d’Hercule

La légende d’Hercule, le plus célèbre des héros grecs, est fortement rattachée à Héra, l’épouse de Zeus, et, d’ailleurs, le nom grec d’Hercule, Héraclès, signifie « gloire d’Héra ».
Ayant besoin d’un héros mortel pour combattre les géants, Zeus se fit passer pour le roi de Thèbes, séduisit la reine Alcmène et engendra Hercule. Héra, comme toujours terriblement jalouse et vindicative vis-à-vis des multiples bâtards de Zeus, allait poursuivre Hercule de sa haine… au point de le rendre fou.

Les sphinx : de la Grèce à l’Egypte

Œdipe interrogé par le sphinx de Thèbes (d'après une céramique antique).
Œdipe interrogé par le sphinx de Thèbes (d’après une céramique antique).

Quel rapport entre le sphinx de Thèbes et les sphinx qui, à Gizeh, annoncent les pyramides égyptiennes ? Certainement, tout le monde s’est un jour posé la question. Car non seulement leur nom est le même mais leur apparence également. Mais cela suffit-il à dire qu’il s’agit d’un même être monstrueux ?
Un visage et une poitrine de femme, hérités de sa mère Echidna, une queue de dragon et un corps de lion –héritage de Typhon, le père- le sphinx est apparenté à presque toutes les créatures monstrueuses de la mythologie grecque. Avec Chimère, il –ou elle- partage le corps de lion et l’appendice reptilien ; avec les Harpies, ses autres sœurs, des ailes, semblables à celles d’un grand oiseau. Quant au lion de Némée, son jumeau, il est doté d’un cri strident, une arme que l’on retrouve chez les Harpies… et chez les sphinx égyptiens. Le rapport semble établi. Plus de doute, cette fois, les sphinx d’Egypte et ceux de Grèce sont les mêmes. Mais l’apparence et la similitude de don suffit-elle ? D’autant que rien n’indique que le sphinx de Thèbes ait été redouté pour son cri…
Envoyé par les dieux afin de punir la cité du crime de Laïos, son roi, qui avait aimé d’un amour contre-nature, le grand sphinx de Thèbes s’ingéniait à isoler la cité en empêchant tout voyageur d’entrer ou de sortir du royaume. Une énigme servait de test et, en cas de mauvaise réponse, le voyageur périssait. On sait comment Œdipe la résolut, ce qui entraîna le suicide du sphinx. Mais à aucun moment les mythologies n’évoquent la façon dont mouraient les malheureux ayant échoué. Etait-ce une telle évidence pour que les auteurs grecs n’en fassent pas mention ?

La saga de Thésée

Avant d’être un héros grec, Thésée est un héros athénien qui allait faire de la cité une des plus prospères de l’Attique. Fils caché du roi athénien Égée et de la princesse Aethra, Thésée vint à Athènes sur le conseil de sa mère afin de se faire reconnaître par son père et d’hériter du trône. En chemin, Thésée prouva sa vocation héroïque en tuant une truite monstrueuse, un fils d’Héphaïstos, le dieu de la forge et du feu, et en s’emparant du trône d’Éleusis. Arrivé à Athènes, Thésée se fit reconnaître par Égée en arborant une épée que ce dernier avait laissée à Aethra. Devenu l’héritier déclaré du vieux souverain, il décida de faire cesser la coutume qui voulait que, chaque année, Athènes livre sept jeunes garçons et sept jeunes vierges à Minos, roi de Crète, afin qu’ils soient livrés en pâture au terrible Minotaure, être monstrueux mi-homme mi-taureau qu’avait engendré Pasiphaé, l’épouse de Minos.

Hadès, le dieu invisible

Statue du dieu des Enfers, Hadès.
Statue du dieu des Enfers, Hadès.

Alors qu’il y a tant à dire sur le royaume des morts, force est de constater que son maître, Hadès, paraît relativement insipide. Fils de Cronos et de Rhéa, frère de Zeus, il compte, logiquement, au nombre des Olympiens. Du moins le devrait-il. Pourtant, son statut de divinité olympienne est fortement discutée par les spécialistes. Il faut dire qu’Hadès n’apparaît que fort peu dans la mythologie grecque, qu’elle soit Homérique ou classique. Eschyle lui conteste même son rôle de juges des morts ! Pourtant, n’est-ce pas de son nom même que l’on désigne le plus souvent le monde des morts, l’Erèbe homérique ?
Maître d’un monde peuplé d’âmes errantes et à demi conscientes à l’époque homérique, Hadès devrait étendre son pouvoir au fur et mesure que les Enfers « s’éveillent », devenant le lieu des peines et des consolations. Pourtant il n’en est rien et plus les Enfers sont décrits, plus les auteurs anciens lui dénient le moindre rôle. Et qu’est-ce qu’un dieu des Enfers qui n’en est pas même le juge suprême ? Zeus, puis Rhadamante, Minos et Hermès, chez Platon, vont lui disputer ce rôle.

La malédiction des Atrides

L’histoire des Atrides est un des meilleurs exemples de ce que la légende grecque peut avoir de cruelle et de malsain. Elle n’est faite que de convoitise, d’inceste, de mort, de vengeance, de haine, bref, elle met en avant les « meilleures » qualités de l’âme humaine ! En fait, cette histoire n’est autre qu’une excellente leçon pour quiconque oserait offenser les dieux…
On raconte que Pélops, roi du Péloponnèse, provoqua la mort de Myrtile, fils d’Hermès, ou, du moins, qu’il offensa gravement le messager des dieux, attirant ainsi le malheur sur sa personne et sur sa descendance. Et c’est en attisant la convoitise des fils de Pélops qu’Hermès inaugura ce que l’on pourrait appeler la malédiction des Atrides.

Jason, sous le pouvoir d’une femme

Statue de Jason brandissant la Toison d'or.
Statue de Jason brandissant la Toison d’or.

Une fois de plus, voici une aventure qui commence par une spoliation et par une prophétie. Alors que Jason n’était encore qu’un tout petit enfant, son père, Éson, fut écarté du trône d’Iolcos par son demi-frère Pélias. Confié par sa mère au centaure Chiron, Jason apprit l’art de la guerre et de la médecine, ce qui lui valut le surnom de « guérisseur » puis, devenu adulte, décida de reprendre ce qui lui revenait de droit : la couronne d’Iolcos. Pélias, de son côté, était surtout préoccupé par une prophétie qui lui avait annoncé qu’il serait renversé par un homme ne portant qu’une seule sandale.
Devenu adulte, Jason décida de confronter l’usurpateur et prit la route d’Iolcos. Alors qu’il cheminait, il rencontra une vieille femme qui paraissait complètement désemparée au moment de traverser un torrent impétueux. Jason, en gentil héros, la prit dans ses bras et lui fit traverser la rivière, mais, ce faisant, il perdit… sa sandale. Et c’est muni d’une seule chaussure qu’il se présenta devant Pélias à qui il réclama son héritage. Mais ce dernier, pourtant conscient de l’inutilité de la chose -après tout, il ne pouvait aller contre la prophétie-, accepta de céder à une condition : que Jason lui ramène la Toison d’or, qui était gardée par un dragon, en Colchide. Le jeune héros accepta.

Aux origines de la guerre de Troie

Hélène et Paris, d'après un vase grec.
Hélène et Paris, d’après un vase grec.

Les origines de la guerre de Troie, événement mettant en scène essentiellement des hommes, remontent à… une affaire de femmes.
Alors que les dieux célébraient en grande pompe le mariage de Thétis avec le mortel Pelée, la Discorde, Éris, surgit au beau milieu de la fête. Comme toutes les divinités, elle était porteuse d’un cadeau de prix : une magnifique pomme d’or, qui devait revenir… à la plus belle des déesses. Pour Éris, c’était un coup de maître, car, aussitôt, trois déesses se mettent en lice, sûre que la pomme doit leur revenir : il s’agit d’Athéna, d’Héra et d’Aphrodite. Certes, les trois déesses sont très belles, mais quel est le dieu qui osera désigner l’une plutôt que l’autre, au risque de s’attirer les foudres -le mot n’est pas trop fort- des deux autres ? Évidemment, les dieux sont loin d’être fous et préfèrent laisser ce genre de « cadeaux empoisonnés » aux autres, en l’occurrence les hommes…

Le temps des Titans

Un sacrifice fait aux dieux (d'après une poterie antique).
Un sacrifice fait aux dieux (d’après une poterie antique).

Comme chacun sait, la mythologie grecque est loin d’être uniforme. Elle se joue en deux temps forts : le temps des Titans –c’est la mythologie ancienne ou archaïque- et le temps des Olympiens. Ce sont ces nouveaux dieux qui, au final, règneront sur les croyances grecques. Pourtant, jamais les anciens dieux ne disparaîtront réellement, survivant généralement sous l’apparence de divinités secondaires, de divinités chtoniennes.
Liée à la nature et aux éléments –donc fondamentalement élémentaire-, l’ancienne mythologie grecque célèbre presque exclusivement la Terre, la naissance, le sang et la mort. Toutes les divinités anciennes, qui perdurent à travers les Titans et les êtres du monde souterrain, touchent à ces quatre éléments. Toutes ont ce double aspect, parfois déroutant, d’être à la fois des divinités célébrant la vie, la fécondité, la Terre et la naissance donc, et des divinités de la mort. Un double emploi si déroutant d’ailleurs qu’on a généralement préféré n’en privilégié qu’un. C’est ainsi que les Erinyes, les Moires, Perséphone ou même Hadès apparaissent respectivement comme des Furies vengeresses, les maîtresses du destin –essentiellement de la mort-, la déesse et le dieux des Enfers. Pourtant les Erinyes sont également dispensatrices des bienfaits de la terre, les Moires règnent aussi bien sur la mort que sur la naissance et le mariage –c’est encore plus frappant avec les noms mêmes des Parques romaines- et qu’Hadès et Perséphone sont l’un de « Bon conseil » et l’autre déesse du blé…

Le talon d’Achille

Achille d'après une peinture murale.
Achille d’après une peinture murale.

De tous les héros grecs, Achille est sans nul doute le plus connu. Pourtant, pour beaucoup, son nom n’évoque rien d’autre qu’une banale histoire de talon…
Tout à commencer lorsque Zeus et Poséidon tombèrent amoureux de la néréide Thétis. La divinité marine était belle à en faire perdre la raison et les deux frères étaient prêts à en venir aux mains pour savoir qui aurait droit à ses faveurs quand Prométhée intervint. Le malheureux titan, qui subissait depuis des temps immémoriaux le supplice de voir son foie dévoré chaque jour par l’aigle de Zeus, convoqua donc Zeus et son frère et leur révéla que le fils de Thétis serait plus grand que son père… refroidissant ainsi sérieusement les ardeurs des dieux ! Zeus et Poséidon étaient prévenus mais si Thétis s’unissait à n’importe quel autre dieu, la concurrence risquait d’être des plus rude : Zeus décida donc de donner Thétis en mariage à un mortel.

Celles qui tiennent le fil… de la vie

Les Moires grecques, d'après un vase ancien.
Les Moires grecques, d’après un vase ancien.

A peu près aussi célèbres que les Parques romaines ou que les Nornes scandinaves, les Moires sont, dans la mythologie grecque, celles qui président aux destinées des hommes et des dieux. Filles de la Nuit (Nyx) ou peut-être de Gaïa et d’Ouranos (la Terre et le Ciel), elles font sans aucun doute partie de ces divinités anciennes que la promotion des dieux de l’Olympe va relégué au rang de divinités secondaires. Au point d’ailleurs qu’au final, on ne leur accorde pas même le statu divin. Sans doute est-ce d’ailleurs à cette même époque qu’elles quittent l’apparence de belles et jeunes déesses pour apparaître sous les traits de vieilles femmes.
Les Moires ne sont cependant pas égales aux yeux des hommes ou des dieux, ne serait-ce parce qu’elles n’ont pas les mêmes fonctions. A moins, bien entendu, que cette triade ne soit la représentation d’une seule divinité, finalement distingué en raison de ses différents attributs. Un passage de l’Iliade, qui emploie le mot de Moire au singulier, permettrait d’aller dans ce sens. Mais cette question récurrente –elle se pose également pour les triades celtes- de l’unicité d’une divinité à fonctions multiples sera finalement conclue par la mythologie grecque elle–même.