La nature a perdu ses esprits

Terre de glace et de feu, de fjords et de montagnes escarpées, de sources bouillonnantes et de rivières gelées, la Scandinavie est tout en contrastes. Elle ne pouvait donc qu’être peuplée d’une multitude d’esprits de la nature.
Et en effet, toutes sortes d’esprits peuplaient l’univers, imprégnant les forêts, les champs, les rivières, la glace ou la mer.
Les géants de la glace, très présents dans la mythologie nordique, personnifiaient les glaces paralysantes et terrifiantes et représentaient les forces maléfiques qui, un jour, écraseraient les dieux lors du Ragnarök. De même, les géants de la pierre, personnification des montagnes, avaient façonné les abîmes et les fjords en marchant d’un pas trop lourd. Cachés dans la brume, ils se défiaient de la lumière du jour qui les pétrifiait instantanément, sort partagé par les nains. D’ailleurs, on peut voir certains de ces géants imprudents à Jokul, en Islande, ou au Krkonose, sortes d’à pics ou de formations rocheuses.

Jason, sous le pouvoir d’une femme

Statue de Jason brandissant la Toison d'or.
Statue de Jason brandissant la Toison d’or.

Une fois de plus, voici une aventure qui commence par une spoliation et par une prophétie. Alors que Jason n’était encore qu’un tout petit enfant, son père, Éson, fut écarté du trône d’Iolcos par son demi-frère Pélias. Confié par sa mère au centaure Chiron, Jason apprit l’art de la guerre et de la médecine, ce qui lui valut le surnom de « guérisseur » puis, devenu adulte, décida de reprendre ce qui lui revenait de droit : la couronne d’Iolcos. Pélias, de son côté, était surtout préoccupé par une prophétie qui lui avait annoncé qu’il serait renversé par un homme ne portant qu’une seule sandale.
Devenu adulte, Jason décida de confronter l’usurpateur et prit la route d’Iolcos. Alors qu’il cheminait, il rencontra une vieille femme qui paraissait complètement désemparée au moment de traverser un torrent impétueux. Jason, en gentil héros, la prit dans ses bras et lui fit traverser la rivière, mais, ce faisant, il perdit… sa sandale. Et c’est muni d’une seule chaussure qu’il se présenta devant Pélias à qui il réclama son héritage. Mais ce dernier, pourtant conscient de l’inutilité de la chose -après tout, il ne pouvait aller contre la prophétie-, accepta de céder à une condition : que Jason lui ramène la Toison d’or, qui était gardée par un dragon, en Colchide. Le jeune héros accepta.

Le talon d’Achille

Achille d'après une peinture murale.
Achille d’après une peinture murale.

De tous les héros grecs, Achille est sans nul doute le plus connu. Pourtant, pour beaucoup, son nom n’évoque rien d’autre qu’une banale histoire de talon…
Tout à commencer lorsque Zeus et Poséidon tombèrent amoureux de la néréide Thétis. La divinité marine était belle à en faire perdre la raison et les deux frères étaient prêts à en venir aux mains pour savoir qui aurait droit à ses faveurs quand Prométhée intervint. Le malheureux titan, qui subissait depuis des temps immémoriaux le supplice de voir son foie dévoré chaque jour par l’aigle de Zeus, convoqua donc Zeus et son frère et leur révéla que le fils de Thétis serait plus grand que son père… refroidissant ainsi sérieusement les ardeurs des dieux ! Zeus et Poséidon étaient prévenus mais si Thétis s’unissait à n’importe quel autre dieu, la concurrence risquait d’être des plus rude : Zeus décida donc de donner Thétis en mariage à un mortel.

Vanth, la porteuse de lumière

Détail d'une fresque étrusque représentant un défilé funèbre, avec Vanth, au centre.
Détail d’une fresque étrusque représentant un défilé funèbre, avec Vanth, au centre.

Si les dieux des Enfers étrusques sont bien Aita et Phersipnai, les équivalents d’Hadès et Perséphone, deux divinités infernales caractérisent l’Au-delà de l’ancienne Etrurie : Charun et Vanth. Charun est Charon, le nocher des Enfers, mais un nocher typiquement étrusque. Quant à Vanth, que certains associent à la déesse grecque Hécate, elle ne devra son évolution en une sorte de Furie qu’à l’influence grecque et sans doute aussi à l’évolution de son homologue.
A l’origine, et dans la mythologie étrusque proprement dite, Vanth est une jeune et belle déesse, clairement reconnaissable sur de nombreuses tombes. Elle ne distribue nul bienfaits, mais nul méfaits non plus. Son rôle est de recueillir le dernier soupir du défunt puis de le guider vers les Enfers, en l’éclairant de sa torche. A la tête d’un véritable cortège de déesses ou de génies qui lui ressemblent trait pour trait, la déesse encapuchonnée, parfois dotée d’ailes, est une divinité clairement psychopompe. Son voyage, elle l’accomplit, telle l’Epona celte, à dos de cheval, d’hyppocampe ou même, comme le révèle une urne trouvée dans une tombe de Volterra, chevauchant une sorte de dragon, nommé le kettos.

Le roi Arthur : les secrets d’une légende

Modèle de chevalerie et de courtoisie, roi sage et vaillant,
Arthur est un des plus célèbres mythes du Moyen Âge.
Mais qui était réellement Arthur ?
Un personnage historique ? Un combattant de la mythologie irlandaise ?
Un roi « fabriqué » de toutes pièces par les Plantagenêt ?
Essayant de répondre à ces questions, l’auteur nous plonge, avec passion, dans la légende et tente de dérouler, pour nous, l’écheveau de sa naissance.

Le succès de Cybèle, la Grande déesse

Monnaie antique de la déesse Cybèle accompagnée de deux lions, sensés représenter la nature sauvage.
Monnaie antique de la déesse Cybèle accompagnée de deux lions, sensés représenter la nature sauvage.

Le Ier siècle de notre ère marque un tournant dans l’histoire religieuse romaine. Certes, Auguste avait tenté une réforme de la religion officielle, mais c’était bien plus un programme politique qu’autre chose. Et, toujours plus nombreux, les Romains se tournaient donc vers des religions plus mystiques. Forces naturelles plus que personnages mythologiques, les dieux des religions, notamment orientales, incitaient à une certaine élévation de l’âme, à une recherche qui, de toute évidence, n’avait pas été assouvie par le panthéon romain. Si le christianisme apparaît à Rome et dans le monde à cette époque-là, d’autres religions orientales étaient déjà connues et même reconnues. Notamment le culte de la déesse Cybèle venu de Phrygie (en Asie Mineure).Célébré à Rome depuis le 204 avant J.-C., date à laquelle le Sénat, sur injonction des Livres Sybillins, fit rapatrier la bétyle, une pierre tombée du ciel autour de laquelle ce culte s’était formé, la religion de la déesse Cybèle va acquérir un écho particulier.
Comme nombre de culte orientaux, on l’a dit, le culte de la déesse Cybèle était un culte mystique. Déesse de la fécondité et de la nature sauvage, elle devient la déesse-mère, la Grande déesse, celle qui subordonne toute vie. Souvent confondue avec Déméter, issue du panthéon grec, et avec Cérès, son équivalent chez les Romains, Cybèle incarne, à elle seule, toutes les forces vitales.

Mo-Tseu, plus loin que Confucius

Moulin ou roue de prières chinois.
Moulin ou roue de prières chinois.

Si tout le monde connaît Confucius -au moins de nom-, Mo-Tseu, dont le nom latinisé est Micius, est, pour beaucoup, un parfait inconnu. A tort.
Originaire de la même région que Confucius, la principauté de Lou, Mo-Tseu était un philosophe de la cour des Song, au Ve siècle avant J.-C.. Il vivra d’ailleurs dans le Honan une grande partie de sa vie. Les Song appréciaient particulièrement ses multiples talents qu’ils soient diplomatiques -il évitera une guerre avec les princes de Tchou- ou architecturaux -notamment dans l’art des fortifications.
Mais Mo-Tseu était avant tout un ascète qui vivait dans la frugalité. Son mode de vie mais surtout sa philosophie attireront à lui de nombreux disciples qui vivaient quasiment à l’état de moines. La pensée du philosophe ne nous ait parvenu que partiellement, à travers un fragment de son recueil connu sous le nom du "Mo-Tseu". Là, Mo-Tseu s’oppose formellement au confucianisme, dont il critique les lacunes théologiques et métaphysiques, le fatalisme moral et la politique aristocratique. De sa pensée se dégage le concept d’un dieu omnipotent, soleil intérieur et extérieur de l’univers, qui voit tout, pénètre tout, sait tout ; un dieu moral et provident. L’humanité, quant à elle, est toute de faiblesse mais ces faiblesses ne doivent pas faire oublier la loi essentielle de l’univers : l’amour de tout et de tous surtout, sans barrière de caste, de clan, de race. De fait, Mo-Tseu est là bien loin de la philosophie de Confucius qui, s’il est confiant -trop sans doute- dans les capacités propres à la nature humaine, base l’intérêt des autres au cercle restreint de la famille et des castes propres à la hiérarchie féodale du temps.

Mythes et religion : deux mondes différents

Si une certaine unité religieuse apparaît dans le monde celtique, il est cependant important de noter la grande différence entre l’héritage irlandais et gallois et l’héritage gaulois. En effet, si l’on ne sait pratiquement rien de la mythologie gauloise et de son panthéon, on connaît assez bien le rituel gaulois ainsi que la fonction des druides, les lieux de culte ou encore le rôle des prêtresses et des prophétesses. Sans doute les historiens classiques, comme César ou Diodore de Sicile, ont eu nettement plus de renseignements sur les pratiques du culte en Gaule que sur celles des îles britanniques.

Cyrille et Méthode : Dieu de A à Z

Saint Cyrille et saint Méthode, d'après une icône.
Saint Cyrille et saint Méthode, d’après une icône.

C’est au cours du IXe siècle que les frères Cyrille et Méthode devaient sévir. De haute naissance, élevés aux marches de l’empire d’Orient, ils avaient pu s’initier à la langue et aux mœurs des Slaves, ce qui faisait d’eux les missionnaires tout désignés pour convertir ces peuples païens.
Tandis que Cyrille, surnommé « le Philosophe » comme on aurait dit « l’intello », se rendait auprès des Tatars, Méthode convertissait les Bulgares et baptisait leur roi, Boris, en 861. La Bohème, la Moravie devaient être leurs prochaines étapes et leur succès était grand. De fait, les deux frères, désireux de toucher le plus grand nombre, non seulement se servaient de la langue slavonne dans leurs prêches, mais avaient traduit les Saintes Ecritures et les textes liturgiques, inventant pour l’occasion un alphabet, l’alphabet cyrillique. Le succès aurait sans doute pu s’étendre encore si les évêques allemands n’avaient prétendu interdire l’usage de la langue slave dans la liturgie. Que Rome ait donné raison  aux deux frères n’y changera rien et il n’est pas impossible que cette violente attaque des prélats allemands ait contribué à faire pencher tout le monde slave vers Byzance plutôt que vers Rome à l’heure du schisme qui en 1054, créera la séparation entre catholiques et orthodoxes.

Arthur, modèle des chevaliers

Les jongleurs du XIIIe siècle avaient divisé les romans -mot désignant, à l’origine, les ouvrages écrits en langue romane- en trois catégories qui procédaient de trois sources distinctes : romans de Charlemagne, romans de la Table ronde et romans de l’Antiquité grecque et romaine.
Chacune de ces trois catégories comprenait un grand nombre de sujets différents qui correspondaient l’un à l’autre par une succession de faits homogènes et analogiques. C’étaient autant de cycles formant un vaste ensemble, dans lequel on trouvait des personnages de même race et de même caractère.