Déméter, l’espoir des défunts

La déesse Déméter, d'après une statue antique.
La déesse Déméter, d’après une statue antique.

Semblable à une graine qui, une fois planté en terre, va renaître et produire une plante nouvelle, le corps, étant inhumé, retrouve la terre nourricière, s’y régénère et peut ainsi entamer une nouvelle vie. Ainsi succède éternellement la mort à la vie puis la vie à la mort, au sein même de la nature. Telle était la conception naturelle de la religion grecque archaïque, la religion des Grandes Déesses. Parmi celles-ci, Déméter a un rôle essentiel.
Dans la religion primitive, la terre divinisée était représentée par une déesse unique, souveraine du sol fécond, de cette terre où germe la végétation et, découlant d’une démarche intellectuelle naturelle, des profondeurs mêmes de la terre. Une terre qui, naturellement va devenir la dernière demeure des défunts, de ceux qu’elle avait nourris au fil des ans et des récoltes. Sans doute est-ce là qu’il faut chercher l’origine de l’inhumation. Sans doute est-ce là également qu’il faut voir la distinction dans la divinité même de la Terre qui, d’une personnification unique va prendre l’apparence de deux puis de trois déesses : Gê –ou Gaïa-, Déméter et Coré-Perséphone représentent tous les aspects de la terre, depuis l’entité cosmique jusqu’aux profondeurs des Enfers. A Déméter reviendra le rôle ô combien sympathique de déesse de la fécondité, celle qui règne sur la végétation et donne les moissons abondantes. Des attributs qui feraient presque oublier le rôle « infernal » de la Déméter primitive. Un rôle sombre qu’elle délèguera ensuite à son « fille » Coré-Perséphone.

Petite histoire du manuscrit

Copiste de la fin du Moyen Âge (détail d'un manuscrit).
Copiste de la fin du Moyen Âge (détail d’un manuscrit).

On présente généralement l’imprimerie comme une véritable révolution. C’est effectivement le cas même si l’imprimerie n’a pas inventé la diffusion mais l’a placé dans une perspective plus large. En effet, nombre d’ouvrages antiques ou médiévaux ont été copiés et diffusés assez largement. C’est ce que l’on nomme les « manuscrits ». L’imprimerie ne fera que reprendre ce principe, destiné à répandre un ouvrage, à une échelle plus large, due à la facilité de fabrication que permettra la mécanique.
Le plus ancien manuscrit en langue française est celui de la Cantilène de sainte Eulalie, que l’on date de 881 après J.-C.. Et encore ne contient-il qu’un fragment de texte en français. Le plus ancien texte français est en fait un acte politique, le fameux Serment de Strasbourg qui verra la division de l’empire de Charlemagne entre ses héritiers. Prononcé en 843, le Serment de Strasbourg sous forme de manuscrit ne verra le jour qu’à la fin du Xe siècle. Il est cependant assez intéressant de noter que c’est donc un texte politique, l’acte de fondation de la Francie, de la Lotharingie et de la Germanie qui va initier la diffusion des textes en français.
Au Ixe siècle, la forme du livre est, en Occident, fixée depuis longtemps. C’est un ensemble de parchemins cousus entre eux et que l’on nomme « codex » et qui prend la place de rouleaux de parchemin nommés « volumen ». De nombreux documents, y compris littéraires, perdureront cependant sous la forme de rouleau et cela jusqu’au XVe siècle.

Civa, le dieu des dieux

Buste de Civa.
Buste de Civa.

Pour les adeptes de du civaïsme, qui représentent un mouvement sectaire de l’hindouisme, Civa est le dieu suprême ; il est en fait l’héritier de Yogin, retrouvé à Mohenjo-Daro, un des principaux centres de la civilisation de l’Indus, ce qui fait de lui le plus ancien des dieux indiens.
Comme Civa lui-même représente l’alpha et l’omega de la vie, qu’il est l’ensemble de l’univers, son culte possède des aspects extrêmement contradictoires, depuis les pratiques d’ascèse les plus primitives et même brutales, jusqu’à un idéalisme absolu. Les sectes civaïtes prônant l’ascèse ont généralement fait du yoga la forme la plus visible de leur règle de vie. Certains, intransigeants, refusent tout rapport avec les représentants d’autres divinités et vénèrent en Civa le dieu de la fécondité.
Dès le Ier siècle de notre ère, le civaïsme rayonnait dans toute l’Inde méridionale et c’est contre le bouddhisme qu’il eut à combattre en une lutte violente. Malgré tout, le civaïsme parvint à se maintenir, jusqu’à connaître un âge d’or au Xe-XIe siècles lorsque les monarques indiens l’adoptèrent. Le culte de Vishnou devait engendrer, au XIIIe siècle, un net recul du civaïsme jusqu’à sa disparition quasi complète, excepté dans le sud de l’Inde, avec Bénarès pour capitale.

Livie : un « maître » pour Agrippine

Auguste et Livie (détail d'une peinture de J.-B. Wicar).
Auguste et Livie (détail d’une peinture de J.-B. Wicar).

Messaline, Agrippine : voilà des noms que l’on connaît et pas de la meilleure façon qui soit. Mais Livie dans tout ça ? La femme d’Auguste est loin d’être exempte de tout reproche ; elle ressemblerait même assez à Agrippine, dont on peut dire qu’elle sera, par son histoire, une sorte de maître dans l’art de conspirer.
Cette héritière de la gens Claudia avait épousé Tiberius Claudius Nero dont elle avait un fils, le futur empereur Tibère, et dont elle attendait un second fils, Drusus, lorsqu’Auguste s’éprit d’elle et en fit son épouse (38 avant J.-C.). Son mariage avec le plus haut représentant de l’Etat étant demeuré stérile, Livie n’aura de cesse de mettre son ou ses fils sur le trône de cet empire qui se dessinait à grands pas. Mais être la femme d’Auguste ne permettait pas tout ; surtout, cela n’éliminait pas tous les autres prétendants à la succession de celui qui avait volontairement refusé d’être empereur en titre tout en en assumant toutes les fonctions. C’était donc un destin exceptionnel que Livie voulait pour les fils de Tiberius Claudius Nero.
De fait, sa propre succession sera la grande affaire d’Auguste. Pour se faire, il octroie à son neveu -le fils de sa soeur- le pontificat et l’édilité alors même qu’il n’est qu’un adolescent ; il octroie à Marcus Agrippa, un de ses meilleurs généraux, deux consulats successifs, puis en fait son gendre. Et si ses beaux-fils, les fils de Livie, deviennent « imperator », Auguste adopte les fils d’Agrippa, Caïus et Lucius. Il semble bien que ce soit sur eux que le maître de Rome ait fondé le plus d’espoir. C’est donc sur eux que Livie s’acharnera.

Les Slaves : une irruption dans l’histoire

Le tsar Vladimir Ier (958-1015).
Le tsar Vladimir Ier (958-1015).

L’origine des Slaves, comme celle des Germains d’ailleurs, est fort obscure. C’est durant le Ier millénaire avant J.-C. que l’on voit se dessiner les premières tribus, entre le Dniepr et la Vistule. Les Slaves se trouvaient alors en contact avec les Germains, les Celtes et les Illyriens à l’ouest, avec les Baltes au nord, les Finno-Ouriens au nord-est et les Scythes à l’est. Et les Slaves vont subir l’influence de tous ces différents peuples. Ils vont migrer aussi et, cela, à de nombreuses reprises. Etonnement, les Slaves vont malgré tout conserver leur unité linguistique… jusqu’au Ixe siècle de notre ère, donc bien des siècles après le début de leur migration.
De culture relativement primitive, les Slaves s’adonnaient à l’agriculture et à l’apiculture ; ils se révélaient fort habiles dans la navigation des fleuves et des rivières mais fort peu pour le commerce. Divisés en petits clans, inaptes à l’autorité, ils se révéleront finalement incapables de créer leurs propres Etats et ce sont des maîtres étrangers qui, en imposant leur autorité aux populations slaves, édifieront ces Etats.

Saint Basile : du monastère à la défense de la Foi

Vision de saint Basile tuant Julien l'Apostat.
Vision de saint Basile tuant Julien l’Apostat.

C’est à Césarée de Cappadoce, dans une riche famille chrétienne, que naît, vers 330, Basile. Ce fils d’un célèbre rhéteur, il sera étudiant à Constantinople puis à Athènes où il devait rencontrer saint Grégoire de Naziance mais aussi Julien l’Apostat, dont il sera le condisciple. Ce n’est qu’après son retour en Cappadoce, où il exerçait aussi la fonction de rhéteur, que Basile décida de se faire baptiser et de quitter le monde. Deux années durant, il parcourut les routes qui le conduisaient auprès des moines d’Egypte, de Syrie, de Palestine, de Mésopotamie, manifestement en quête d’un style de vie, d’une règle à s’appliquer lui-même. C’est d’ailleurs ce qu’il fit dès son retour en Cappadoce (359). Là, avec quelques amis, il se débarrassa de tout ses biens et se retira dans un de ses domaines, l’Annesi situé aux bords de l’Iris, qu’il transforma en monastère. Ses Grandes règles (359-362) et ses Petites règles (365-370) expose clairement sa conception de la vie monacale. Une vie familiale, humaine, restreinte à un nombre réduit et qui allait bientôt séduire tout l’Orient.

Les fils d’Enée

Enée, d'après le détail d'une fresque du Ier siècle après J.-C.).
Enée, d’après le détail d’une fresque du Ier siècle après J.-C.).

« Voici le fils de Mars, Romulus, que sa mère Ilia, du sang d’Assaracus, mettra au monde. Vois-tu comme deux aigrettes se dressent sur sa tête ? C’est le père des dieux lui-même qui déjà le distingue par cet honneur. C’est sous ses auspices, mon fils, que la grande et illustre Rome égalera son empire à travers l’univers, sa fierté à l’Olympe et un seul rempart entourera sept collines. Ville bénie dans sa postérité de héros (…). Et maintenant, tourne tes yeux, regarde cette nation, tes Romains ».
Virgile, dans son Enéide, n’invente rien. Ou, plutôt, il relate, avec talent, ce dont les Romains sont convaincus et qui, depuis, des années, fait la base de leur histoire, à savoir qu’ils sont les descendants des Troyens, apparus dans le Latium sous la conduite d’Enée. Mais cette histoire tient-elle plus du mythe que de la réalité ? De fait, les recherches historiques et archéologiques semblent accréditer les principaux chapitres de la fondation de Rome et de siècles de la royauté.
C’est vers le milieu du IIe millénaire avant J.-C. Que l’on date l’arrivée, en Italie, de peuples indo-européens. Un période qui correspond, en gros, à l’histoire de l’arrivée d’Enée et de ses compagnons.  Entre le IXe et le VIIe siècle, les monts Albains et les collines de la future Rome sont peuplés, laissant les plaines, marécageuses, à l’abandon. C’est également au VIIe siècle avant J.-C. que ces villages vont s’unir pour former une coalition, la ligue septimoniale, unifiée essentiellement par des liens religieux. Le capitole, le Quirinal, le Viminal restent en dehors de la ligue et sont sans doute, à l’époque, occupés par des Sabins.

Le règne malheureux de Richard II

Richard II allant à la rencontre des serfs révoltés (miniature du Moyen Âge).
Richard II allant à la rencontre des serfs révoltés (miniature du Moyen Âge).

Si Edouard III avait initié la guerre contre la France, avec comme ambition affichée de s’emparer de sa couronne, c’était plus pour mettre un terme aux velléités de révoltes de nobles que par conviction que cet héritage lui revenait. D’ailleurs, dans les premières années du règne de Philippe VI, il n’avait guère manifesté quelques prétentions que ce soit. Toujours est-il qu’Edouard, comme Philippe d’ailleurs, avait besoin de cette guerre et qu’il la provoquera. Dans les premières années du conflit, les victoires anglaises, notamment celle de Crécy, en 1347, et celle de Poitiers, en 1356, semblent lui donner raison. Mais le conflit traîne en longueur ; il épuise le royaume anglais  qui a aussi eu à subir, de 1347 à 1350, les ravages de la peste noire. Autant dire que lorsqu’Edouard meurt, en 1377, le pays est exsangue. La couronne revient alors au fils aîné de son fils aîné, le fameux Prince Noir. Le petit-fils d’Edouard III ceint la couronne sous le nom de Richard II. Le jeune homme est alors encore fort jeune et ce sont ses oncles qui le conseillent. Son premier acte d’autorité, dès l’année 1381, va augurer d’un règne personnel pour le moins malheureux.
Cette année-là, après qu’un village ait refusé de payer un impôt qu’il juge abusif, voit éclater en Angleterre une révolte paysanne d’une grande ampleur. Un agitateur en particulier anime la révolte, un chapelain du nom de John Ball. Ball convainc les paysans d’aller trouver le roi et de lui exposer directement leurs griefs.

Stanislas, le roi qui ne l’était pas

Stanislas II Poniatowski (1732-1798).
Stanislas II Poniatowski (1732-1798).

Depuis des années, la Pologne était l’objet de toutes les convoitises et, surtout, de toutes les prédations. On s’en emparait ; on se le partageait sans vergogne aucune. Stanislas Poniatowski, tout en étant le dernier des rois de Pologne, illustre à lui tout seul le destin polonais.
C’est au cours d’un voyage en Russie que, Stanislas Poniatowski, aristocrate bien né, va faire la connaissance de la future tsarine Catherine II. Nous sommes alors en 1755 et, au cours de ce séjour, Poniatowski devient l’amant de la princesse. C’est ce qui aller faire sa fortune et décider du sort de la Pologne pour les années à venir. Deux ans après cette première rencontre, Poniatowski est nommé ambassadeur de Pologne en Russie et, en 1764, après que Catherine II soit devenue tsarine, il est « élu » au trône de Pologne. Elu entre guillemets car il est bien évident que la main de Catherine II est toute entière dans cette élection. D’ailleurs, Poniatowski, devenu Stanislas II, acquit peut-être un trône mais certainement pas la liberté et l’indépendance. Une indépendance que la Russie, malgré tout l’amour que la tsarine avait pour son amant, ne lui accordera jamais.

Caïus Gracchus, une oeuvre immense et méconnue

Tiberius et Caïus Gracchus (ou Gracques), d'après Eugène Guillaume.
Tiberius et Caïus Gracchus (ou Gracques), d’après Eugène Guillaume.

En 133 avant J.-C., c’est Tiberius Gracchus, son frère, qui, le premier, s’illustre. La question agraire, celle de l’Ager publicus, est en train de bouleverser la donne économique de la cité romaine et de toute la péninsule. A ce problème, qui met en concurrence de petits propriétaires terriens avec les possesseurs de vastes domaines -possesseurs généralement issus de la noblesse-, Tiberius, tribun de la plèbe, propose une loi qui limiterait la possession de terres provenant de l’Ager publicus. Il annonce même la création d’un triumvirat chargé de veiller à la bonne répartition de ces terres. Devant l’opposition, incarnée par le tribun Octavius, Tiberius va répondre par la destitiution d’Octavius… ce que le droit romain interdit formellement car tout tribun de la plèbe est jugé inviolable. Tiberius, ainsi que trois cents de ces partisans, payeront de leur vie cette violation.
Dix ans plus tard, c’est son Caïus qui se lance dans la bataille. Fils d’un consul et d’un censeur, petit-fils par sa mère de Scipion l’Africain, héros des guerres puniques, Caïus Gracchus est nettement plus énergique que son frère. En 123 et 122, il est élu tribun de la plèbe, comme son frère dix ans auparavant, mais sous son consulat, Caïus va faire bien plus que son frère. En deux ans seulement, il fait voter une loi agraire -qui reprend, en gros, celle de son frère ; mais assure également une distribution de blé aux pauvres -loi frumentaire-, annonce qu’un légionnaire sera désormais équipé par l’Etat, ce qui aura pour conséquence d’augmenter les contingents.