Category Archives: Biographies
Abd El-Kader, « sultan des Arabes »

Le marabout Abd El-Kader, proclamé le 22 novembre 1832, «sultan des Arabes» par des tribus de l’Oranie, devient l’allié des Français.
Soutenu par la France, il s’empare rapidement de la plus grande partie du territoire algérien alors aux mains des Turcs et organise un État arabe unifié.
Le marabout Abd El-Kader, traqué, fuit désespérément devant les Français. Le 16 mai 1843, il est pris au piège par le duc d’Aumale qui lance la charge : Abd El-Kader s’enfuit, perdant ainsi le soutien du peuple. L’Algérie se soumet rapidement et le « sultan des Arabes », réfugié en Turquie, meurt en 1883.
Wagner et l’Or du Rhin

Et la musique violente et passionnée de Richard Wagner fait véritablement revivre toutes les légendes oubliées des Niebelungen, de Tannhaüser, de Lohengrin ou de Tristan et Iseult. Né à Bellagio, le 22 mai 1813, dans une famille d’artistes amateurs, Wagner, qui est un chef d’orchestre reconnu, atteint la plénitude de son art avec la légende germanique en quatre volets de L’Anneau du Niebelung : L’Or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried et Le Crépuscule des dieux.
Le roi Très catholique

Mais Luther semble oublier que Charles Quint est, non seulement un Autrichien, mais aussi, et surtout, un Espagnol ; qu’il est le Très catholique roi d’Espagne ! Le 19 avril 1521, après que Luther ait refusé de se soumettre à l’Église, Charles Quint fait son choix :
-Je descends d’une longue lignée d’empereurs chrétiens de cette noble nation allemande, des rois catholiques d’Espagne, des archiducs d’Autriche et des rois de Bourgogne, déclare-t-il. Ils furent tous fidèles jusqu’à la mort à l’Église de Rome et ils défendirent la foi catholique et l’honneur de Dieu. J’ai décidé de suivre leurs traces…
L’Odalisque d’Ingres

Fils d’un sculpteur, Jean-Dominique Ingres, né à Montauban en 1780, devient l’élève de David en 1797 et obtient, quatre ans plus tard, le prix de Rome pour Achille recevant les Ambassadeurs d’Agamemnon. Il ne parvient enfin à Rome qu’en 1806 et, en butte aux critiques qui lui préfèrent Delacroix, décide de ne revenir dans la capitale française qu’avec un chef-d’œuvre reconnu de tous. Mais ses tableaux continuent d’être fustigés. La Grande Odalisque (1814), surtout, est l’objet de vifs sarcasmes de la part de toute la critique qui lui trouve trois vertèbres de trop et des bras beaucoup trop maigres.
Lors de son second retour en France, l’accueil est triomphal, les commandes se succèdent et, en 1855, à l’Exposition universelle, quarante-trois de ses toiles sont présentées au public européen qui reconnaît enfin son génie.
Nommé sénateur en 1864, Ingres, dont l’œuvre se distingue par le souci des détails et par des dessins précis et élégants, meurt en 1867.
Les Mémoires d’outre-tombe

En 1799, il revient en France où il se met au service de Bonaparte, mais l’assassinat du jeune duc d’Enghien, en 1804, le ramènera dans l’opposition et l’éloignera de la vie politique.
À la Restauration, en 1814, François-René de Chateaubriand, qui est déjà un écrivain et un homme politique reconnu, revient sur la scène politique. Ministre, pair de France, il se verra rapidement éloigné des charges, à cause de ses écrits critiquant la politique du roi. Dès lors, Chateaubriand, pétri d’idéaux romantiques et chevaleresques, va consacrer son énergie et son talent à la cause de la branche aînée des Bourbons.
Quand il meurt, le 4 juillet 1848, il vient de publier son dernier ouvrage, pour certains un chef-d’œuvre qui immortalisera le nom de son auteur : Mémoires d’outre-tombe.
Le « fils » de Gengis Khân

Qualifié de barbare, de tyran et de sanguinaire par certains ou bien de militaire de génie, par d’autres, il reste une énigme.
Né en 1336, près de Samarkand, en Asie centrale, Tamerlan ou Tîmûr-I Lang est issu d’une grande famille de l’aristocratie türko-mongole qui, selon la légende timouride, descendrait de Gengis Khân, ce qui est loin d’être prouvé. Il commence très jeune la vie militaire et, à l’âge de vingt-cinq ans, reçoit deux blessures graves qui le laissent boîteux et manchot, ce qui lui vaudra le surnom de Tîmûr le Boiteux.
Maître de l’empire de Djagataï, à l’est de l’Iran actuel, en 1370, il se pose en continuateur de l’illustre Gengis Khân et s’emploie, dès lors, à étendre son empire, en le fortifiant par une gestion intelligente fondée sur l’essor croissant du négoce. Son gigantesque empire se compose de toute l’Asie à l’est de la mer Caspienne (la Perse, le sud de la Russie, l’Inde et une partie du Proche-Orient). Après sa mort, le 3 avril 1405, à Samarkand, l’immense Empire des steppes, édifié sur des millions de cadavres, s’effondre rapidement : il est divisé entre les trente-cinq petits-fils et arrière-petits-fils du conquérant.
Le « sage » Spinoza

En effet, il décida, après une blessure amoureuse, de se consacrer entièrement à sa passion intellectuelle : la philosophie. Cependant c’est bien en juif qu’il le fit. En effet, comme le voulait la tradition des anciens rabbins, Spinoza désira exercer un métier manuel, capable de lui assurer sa subsistance en toute indépendance et capable de le ramener aux réalités et aux contingences courantes.
Polisseur de verres pour les microscopes, il quitta Amsterdam pour s’établir près de Leyde où se trouvait le centre de la secte des Arminiens, des protestants rejetant la théorie de la prédestination chère à Calvin -les Méthodistes sont les héritiers des Arminiens-, avec lesquels il entretenait d’excellents rapports. C’est là qu’il acheva son premier ouvrage, un exposé du système cartésien connu sous le titre de "Renati Descartes principia philosophiae more geometrico demonstrata" (1663). Il vécut ensuite dans les faubourgs de La Haye puis à La Haye même où il poursuivit ses réflexions, libre de toute compromission. C’est ainsi qu’il se permit de rejeter l’offre de l’électeur palatin qui lui proposait une chaire à l’université de Heidelberg ; ainsi qu’il se permit également de refuser une pension offerte par Louis XIV à condition qu’il dédie une de ses œuvres au Roi-Soleil.
Isolé au niveau religieux, Baruch Spinoza mourra à La Haye en 1677, âgé de seulement quarante-cinq ans.
Marc-Aurèle, l’empereur-philosophe
Issu d’une illustre famille d’origine espagnole, Marc Aurèle est, dès son plus jeune âge, profondément marqué par la philosophie stoïcienne qu’il pratiquera toute sa vie. Nommé préfet de Rome par Hadrien, il est adopté par l’empereur Antonin dont il épouse la fille, Faustine. À la mort d’Antonin, en 161, il gouverne conjointement avec Lucius Vérus, son beau-frère, puis reste seul empereur à la mort de ce dernier en 169.
Son règne, pendant lequel il rénove l’administration financière et judiciaire et assure la mainmise de l’État sur l’économie, est marqué par les luttes incessantes contre les Parthes et les Germains. À sa mort, survenue le 17 mars 180, Marc Aurèle ne laisse pas l’image d’un grand empereur, mais ses Pensées le désignent comme l’un des derniers philosophes stoïciens de l’Antiquité.
Petiot, le « Docteur Satan »

Le 11 mars 1944, un habitant de la rue Lesueur prévient les pompiers ; un incendie semble s’être déclaré dans la cheminée d’un immeuble abandonné, au numéro 21 de cette rue cossue située dans le XVIe arrondissement. Une odeur pestilentielle de chair brûlée flotte dans l’air devenu irrespirable. Le propriétaire, un certain docteur Petiot, a été prévenu mais il tarde à venir. Les pompiers décident donc de pénétrer sans plus attendre dans l’immeuble.
L’alerte est immédiatement donnée et c’est au commissaire Massu qu’est confiée l’enquête. Mais alors que la rue Lesueur est en effervescence, personne ne remarque la sombre silhouette qui s’éclipse à la vue des policiers…
Le lendemain, le commissaire Massu se rend au domicile du propriétaire, rue Caumartin. Sa femme est là pour répondre aux questions des policiers :
-Mon mari ? Non, il est absent. Il a été appelé hier. Sans doute un accouchement difficile…
Petiot ne reparaîtra plus…
Ce « bon docteur » Petiot
Né en 1897 à Auxerre, Marcel Petiot apparaît très tôt comme étant un enfant très intelligent mais souvent difficile. Renvoyé deux fois, il finit par étudier tout seul et passe son bac à dix-huit ans avec succès. En 1916, Marcel s’engage au 98e R.I.. La guerre, pour lui, sera vite un lointain souvenir : légèrement blessé au pied, il est examiné par des psychiatres lors de sa convalescence qui le déclarent mentalement déséquilibré et enfin le réforment.
Profitant des avantages donnés aux Anciens combattants, il entreprend des études de médecine qu’il achève brillamment en 1921. Trois ans après, il s’établit à Villeneuve-sur-Yonne.
Ce jeune docteur plaît beaucoup : il est vif, dynamique, amusant même, quoiqu’un tantinet cabotin. Surtout, il sait être « compréhensif » pour les jeunes filles imprudentes et soigne bien volontiers les pauvres gens pour presque rien… Ah ! Ce bon docteur Petiot ! Plus tard, on découvrira qu’il inscrivait en cachette ses patients à l’assistance médicale et détournait leurs prestations…
En 1926, la jeune bonne de Petiot, Louise, déclare, un peu trop fort, être enceinte des œuvres de son employeur. Mauvais point ! D’autant que Petiot compte entamer bientôt une carrière politique. Et c’est alors que, curieusement, la jeune Louise disparaît…
Quelques bruits courent, on découvre aussi d’étranges disparitions d’argent ou d’objets précieux après les visites du docteur, mais c’est insuffisant pour ébranler les consciences et Petiot est élu maire de Villeneuve-sur-Yonne l’année suivante. Tout sourit au brave docteur qui épouse la fille d’un riche charcutier d’Auxerre et qui est élu secrétaire général du département de l’Yonne, en 1928.
Des rumeurs persistantes

En mars 1930, la police découvre le corps à moitié calciné de Madame Debauwe, gérante de la coopérative laitière de Villeneuve-sur-Yonne. Elle a été achevée à coups de marteau et la laiterie a été incendiée. La veille, elle avait encaissé la somme de deux cent quatre-vingt mille francs…
Les rumeurs persistent. On insinue qu’elle était la maîtresse du docteur Petiot et un certain Frascot affirme même l’avoir vu rôder vers la laiterie peu avant le début de l’incendie. Petiot est bien soupçonné… mais seulement soupçonné. Les preuves manquent et le témoin meurt, fort opportunément, il faut le reconnaître. Frascot sortait d’ailleurs d’une visite chez le médecin quand il a été foudroyé par une crise cardiaque. C’est du moins ce qui est inscrit sur le permis d’inhumer signé par ce même médecin… c’est-à-dire Marcel Petiot !
Ces indices sont insuffisants pour la police mais la population, elle, ne tarde pas à réagir : Petiot, qui vient aussi d’être condamné pour vol d’électricité, est révoqué de ses fonctions de maire. Les rumeurs persistantes le poussent à abandonner aussi son cabinet. En 1933, il s’installe à Paris.
Cet intermède bourguignon permet cependant à Petiot de « prendre ses marques » ; c’est pour lui une sorte d’entraînement. Il est déjà escroc et assassin. Plus tard, il ne fera jamais que développer ces activités à une plus grande échelle…
Petiot s’installe donc avec sa petite famille dans un hôtel particulier de la rue Caumartin et s’adonne dès lors à la médecine « de pointe ». C’est que notre bon docteur est un véritable génie, un inventeur, un « médecin-miracle », comme il le sous-entend dans la publicité dont il inonde tout le quartier :
Vous êtes prié de bien vouloir noter que le cabinet médical, tenu précédemment au premier étage, 66, rue Caumartin, sera désormais occupé par le Dr Marcel Petiot, diplômé de la Faculté de Médecine de Paris en 1921, Conseiller général de l’Yonne, ex-interne de l’hôpital, directeur de clinique, médecin-chef de l’Office médical de la Seine.
Ce cabinet, en plein centre de Paris, vous offre toutes facilités d’accès (autobus, métro : stations Saint-Lazare et Caumartin).
Il comporte les matériels des plus modernes et des plus perfectionnés, avec rayons X, UV, UR, et radiothérapie superficielle ou même profonde, laboratoire de galvanisation, ionisation, ergothérapie, diathérapie (toutes fréquences, ondes courtes à grande puissance, fièvre artificielle, bistouris électriques, outillage chirurgical, œnothérapie, aérothérapie, etc.).
Le docteur Petiot fut le promoteur en 1921-1923 d’une technique parvenant à supprimer complètement les douleurs dans les accouchements, sans anesthésie générale ou régionale et sans instrument dangereux. Cette méthode permet la suppression de la douleur dans les affections les plus pénibles (sciatique, rhumatisme, névralgie, zona, névrite, ulcération, cancer).
Auteur d’ouvrages originaux sur les maladies nerveuses et leurs traitements modernes (spécialement des affections à crises périodiques et cures de désintoxication).
Créateur, avec un physicien connu, d’un matériel et d’une technique permettant la guérison de toute tumeur non généralisée ou affectant des organes vitaux (ganglions externes ou internes, loupes, lipomes, polypes, végétations, verrues, taches rouges, goitres, déformations, tatouages, cicatrices, etc. et même fibromes et tumeurs malignes ou cancers, même profonds).
Le docteur Petiot vous sera parfaitement reconnaissant de bien noter dans vos annuaires, son adresse : 66, rue Caumartin Paris IXe, ainsi que son numéro de teléphone : PIG 7711.
Et évidemment, comme souvent pour les charlatans les plus audacieux, les résultats ne se font pas attendre ! Petiot se constitue ainsi une clientèle solide et remplit son compte en banque tout en satisfaisant sa mégalomanie : il achète deux propriétés en province et un hôtel particulier… rue Lesueur.
C’est en 1936 que se situe un petit intermède qui nous donne un indice supplémentaire sur la personnalité du docteur. Le 4 avril de cette année-là, Petiot est pris en flagrant délit de vol à l’étalage à la librairie Gibert, dans le Quartier latin. Face aux juges, il déclare avec emphase qu’un « génie ne se préoccupe pas de basses choses matérielles ! » Bien sûr, dans l’histoire, le génie c’est lui. Peu impressionné par ce mégalomane, les juges l’envoient faire une cure de sept mois dans un hôpital psychiatrique. Simple péripétie qui ne mettra guère fin à la carrière de ce mythomane. À sa sortie, en février 1937, Petiot reprend ses activités et obtient même la charge de médecin d’État civil du IXe arrondissement !
Le réseau du docteur Eugène

En 1939, la guerre éclate et l’année suivante Paris est occupé par les Allemands : ce sera l’occasion pour Petiot d’assouvir tous ses instincts…
Il achète donc l’immeuble de la rue Lesueur qui, avant de servir d’officine du crime, sera un lieu de trafic. En effet, Petiot, comme toujours, utilise tous les moyens pour s’enrichir et il s’adonne, bien qu’à une petite échelle, à la vente de drogue. C’est aussi à cette époque que Petiot commence les travaux de la rue Lesueur. Sait-il déjà à quoi lui servira cet immeuble ? Toujours est-il qu’il fait construire un mur dans la cour intérieure, afin d’échapper à la curiosité de ses voisins, et qu’il aménage la « cellule » où périront ses victimes : une porte que l’on ne peut ouvrir que de l’intérieur, une fausse porte et un judas, installé de façon à voir ce qui se passe dans la pièce.
Fin 1941, un voisin du médecin, Joachim Guschinow, un fourreur juif, confie à son cher ami Petiot qu’il aimerait quitter la France. Le médecin peut-il l’aider ? Ne connaît-il pas, ainsi qu’il l’a laissé entendre, un réseau qui lui permettrait d’échapper aux nazis ? Petiot saute sur l’occasion et se présente même comme… le chef du réseau d’évasion :
-Prenez tout ce que vous avez de valeur, ce sera ça de moins pour les boches. Dans quelques semaines vous serez en Argentine et alors… à vous la belle vie !
Le 2 février 1942, Guschinow se rend rue Lesueur avec des diamants cachés dans ses vêtements d’une valeur de deux millions de francs. Jamais plus il ne réapparaîtra…
Quelques semaines après, Jean-Marc Van Brever, un toxicomane notoire qui avait dénoncé Petiot comme trafiquant de drogue, disparaît. Ensuite c’est le tour d’une Madame Khayt, qui avait refusé d’être impliquée dans une des « magouilles » de Petiot.
Cependant ces victimes-là ne sont « qu’accidentelles ». Un véritable vivier est à sa portée : les juifs -les riches bien sûr- qui tentent de fuir la France occupée. En juin 1942, Petiot monte son « réseau » clandestin : il devient le docteur Eugène. À la même époque, disparaît Paul Braunberger, un médecin, suivi le mois suivant de la famille Kneller, le père, la mère et le petit René, âgé de huit ans à peine. En janvier 1943, Petiot lance les « tarifs de groupe » : quatre couples, les Basch, les Woolf, les Stevens et les Anspach « s’embarquent » à leur tour…
Dans les mains de la Gestapo
À cette clientèle choisie, s’ajoutent quelques malfrats, heureux de se « mettre au vert » pour quelque temps. Parmi eux, François Albertini, dit le Corse ; Joseph Réocreux, dit aussi Jo le Boxeur, accompagné de ses deux « gagneuses » : Claudia Chamoux, dite Lulu, vingt ans de métier, et Annette Petit, une mineure. Puis c’est le tour de Joseph Piéreschi, dit Zé, d’Adrien Estébétéguy, le Basque, de Paulette Grippay, dite la Chinoise, et de Gisèle Rossmy. Ce petit monde, qui trempe avec bonheur dans le proxénétisme et qui n’hésite pas, le cas échéant, à donner un petit « coup de main » à la Gestapo, disparaît donc grâce aux bons soins du docteur Eugène, moyennant cent mille francs par tête.
Le réseau de Petiot connaît un franc succès ! Un peu trop même, puisque la Gestapo commence à avoir de sérieux soupçons. Elle décide donc de piéger ce fameux docteur Eugène. En mai 1943, la Gestapo extirpe Yvan Dreyfus de sa cellule à Compiègne afin qu’il infiltre le réseau du docteur Eugène. De son côté, Dreyfus compte « semer » la Gestapo et utiliser le réseau pour fuir vers l’Amérique du Sud. Le jeune industriel remonte donc toute la filière, passant par les « rabatteurs » habituels de Petiot, un maquilleur de théâtre et un coiffeur de la rue des Mathurins. Il rencontre finalement le docteur Eugène et… disparaît dans le charnier de la rue Lesueur en mai 1943. C’est Béretta, un autre « bouc émissaire » qui fera tomber Petiot. Ce dernier est arrêté le 21 mai 1943 par la Gestapo et conduit à la prison de Fresnes.
Pendant huit mois, Petiot subit la torture et les interrogatoires sans fin de la Gestapo… en vain. Jamais, il n’avouera quoique ce soit. À partir de cet épisode sanglant, il se forgera le mythe du grand résistant, mythe qu’il saura exploiter le moment venu…
Trahi par son écriture

Libéré le 8 février 1944, le médecin décide alors d’effacer les preuves de ses crimes, c’est-à-dire les cadavres. Quand la Gestapo l’avait arrêté, elle ignorait l’existence de l’immeuble de la rue Lesueur mais les choses peuvent changer… Petiot s’active donc, avec les conséquences que l’on sait, c’est-à-dire la découverte du charnier le 11 mars 1944 et… la disparition du docteur Eugène !
Malgré les recherches frénétiques de la police, Petiot demeure introuvable. Et la plus grande difficulté de la police n’est pas de déterminer l’identité du meurtrier mais bien celle des victimes ! En attendant l’arrestation de Petiot, les policiers accumulent les preuves. Ainsi on découvre quelques quarante-sept valises confiées par celui que la presse appelle désormais le Docteur Satan à un couple habitant l’Yonne. La police espère déterminer, grâce aux vingt-six sacs à mains, aux vingt-et-un manteaux de laine, aux trente-trois cravates, aux quatre-vingt-six chaussures, aux soixante-dix-neuf robes, bref, grâce aux mille sept cent soixante pièces d’habillement, le nombre des victimes, leurs classes sociales et aussi, éventuellement, leurs identités…
Le 19 septembre 1944, soit sept mois après, un journaliste en mal de copie, Jacques Yonnet, publie un article sous le titre : « Petiot soldat du Reich ». L’article fait mouche : le mois suivant, le journal Résistance publie un droit de réponse… du docteur Petiot lui-même. On l’accuse de collaboration, lui un authentique résistant !
Dans les milieux policiers aussi bien que militaires, c’est le branle-bas ! D’après la lettre-réponse, il est clair que le Docteur Satan se cache dans les rangs de la Résistance et à Paris même. Une autre enquête commence, minutieuse. On prend des renseignements, on compare les écritures… Et c’est là que Petiot se fait prendre. Le 31 octobre 1944, le capitaine Simonin arrête le capitaine Wetterwald, alias Valéry dans la Résistance, médecin-capitaine au 1er Bataillon, alias Marcel Petiot !
Le réseau Fly-Tox

Ce n’est pourtant qu’au cours de la deuxième journée de son procès, commencé le 18 mars 1946, que Petiot se justifie. Et à un juge qui l’accuse d’avoir tué vingt-sept personnes, il répond avec emphase :
-Comment vingt-sept ? Soixante-trois, vous voulez dire !
Et qui sont ses victimes ? Des traîtres à la France, des collabos, des nazis, déclare-t-il. Car Petiot n’est pas un vulgaire assassin. Il est le chef d’un réseau de Résistance : le réseau Fly-Tox. Personne n’en a entendu parler ? Normal, c’était la guerre ! Toutes les personnes qu’il a citées comme étant ses contacts sont mortes ou inconnues ? Normal, c’était ça la Résistance !
Entourant ses « activités résistantes » d’une aura de mystère propre à dérouter, Petiot construit tout son système de défense autour de ce mythe. Car, jusqu’à preuve du contraire, ce fameux réseau Fly-Tox n’a jamais existé… C’est pourtant suffisant pour semer le doute dans l’esprit des juges et des enquêteurs. De toute évidence Petiot connaît bien la Résistance. D’où tient-il ses renseignements ? Personne ne le sait ni ne le saura jamais. Petiot a sans doute appris beaucoup de choses durant son séjour entre les mains de la Gestapo et c’est là qu’il a pris l’identité du capitaine Valéry. Mais certaines des révélations qu’il fait à ses juges ont de quoi laisser perplexe…
Petiot a beau se défendre d’avoir tué « pour la France », il n’en reste pas moins que certaines de ses victimes, comme Yvan Dreyfus ou même le petit René Kneller, que l’on peut difficilement accuser de collaboration, étaient parfaitement innocentes. Les juges ne s’y laisseront pas prendre. Petiot est un psychopathe. Il a seulement profité de toutes les opportunités que cette période troublée lui fournissaient.
Le 4 avril 1946, à minuit dix, malgré une défense brillamment menée par maître Floriot, le docteur Marcel Petiot est reconnu coupable de vingt-quatre des vingt-sept meurtres qui lui sont reprochés. Pour cela, il est condamné à la peine capitale.
La sentence est appliquée dans la cour de la prison le 25 mai 1946. Jusqu’au bout, Petiot -et il sera bien le seul- aura espéré une grâce présidentielle et aura proclamé qu’il avait agi pour la France. Il n’aura rien perdu de sa morgue et de son emphase. Le couperet tombe à 5h05.
Petiot a emporté ses secrets dans la tombe. L’argent ? Disparu ! Deux cents millions évanouis ! Deux cents millions pour vingt-quatre vies humaines. Quant à la vérité, nous ne la saurons sans doute jamais.
