Marat-Corday : victimes d’un idéal

La mort de Marat peinte par David.
La mort de Marat peinte par David.

Charlotte Corday, Jean-Paul Marat : deux noms liés pour l’éternité ; deux noms qui désignent l’assassin et sa victime ; deux noms qui illustrent admirablement le désarroi dans lequel la France révolutionnaire se trouve à l’aube de sa jeune existence. Car au final, Charlotte Corday, l’assassin, et Marat, la victime, sont tous deux à mettre au nombre des victimes du même idéal : celui de la Révolution.
Lorsque éclate la Révolution française, en 1789, Jean-Paul Marat a déjà largement fait œuvre d’esprit révolutionnaire. Il en est même un des inspirateurs. Ainsi, ce médecin installé depuis 1767 à Londres s’est déjà distingué en écrivant Philosophycal essay on Man (1773) et The Chains of Slavery -Les chaînes de l’esclavage- (1774) : deux titres pour le moins inspirés et engagés. Or l’engagement, c’est justement ce que recherche Marat qui postule à l’Académie des sciences -qui lui ferme ses portes- et qui entre en franc-maçonnerie. De fait, Marat aurait pu demeurer un scientifique exalté, porté à la discussion et à l’agression même si la Révolution n’avait décidé de s’inviter dans sa vie. De fait, les événements de 1789 allaient avoir le mérite, pour Marat, de combler son désir d’action, d’exalter son imagination. Dès septembre 1789, il fonde l’Ami du peuple, un journal dans lequel il combat sans relâche contre les compromissions, l’éventuel détournement de l’idéal révolutionnaire. Du moins de SON idéal.

Charles IX : l’homme de la Saint-Barthélemy

Charles IX (1550-1574).
Charles IX (1550-1574).

Le règne de François II avait été marqué par la militarisation et la politisation du conflit religieux. Par sa radicalisation également, une radicalisation parfaitement illustrée par le célèbre massacre de la Saint-Barthélemy, qui apparaît comme l’événement majeur du règne de Charles IX.
Un règne qui, pourtant, avait commencé sous le signe de la modération. Les Guise ayant perdu leur toute-puissance avec la mort de François II, c’est Catherine de Médicis, mère du roi, qui assure la régence. En cela, elle se fait conseiller par Michel de L’Hospital, homme de compromis s’il en fut. La nomination d’Antoine de Bourbon au rang de lieutenant général du royaume, le colloque de Poissy ensuite apparaissaient comme des signes tangibles du désir de compromis de la régente. La paix d’Amboise et le traité de Saint-Germain seront également à mettre au compte de cette tentative –finalement vaine- de parvenir à une entente, tout comme le mariage de Marguerite de Valois, sœur du roi, avec Henri de Navarre, un des chefs du parti huguenot. Dès lors, comment croire à cette idée si répandue qui veut que le roi Charles ait été, autant que sa mère, un fanatique. Pourtant, Charles IX a bien été à l’origine de la Saint-Barthélemy… De fait, le roi n’a certainement pas désirer ce massacre. Par contre, il est vrai qu’il avait ordonné l’arrestation et la condamnation –donc l’élimination- des chefs protestants, pensant que, ces derniers, une fois éliminés, la guerre fratricide cesserait.

Les multiples “visages” du gnosticisme

Tableau intitulé :
Tableau intitulé : "les larmes de saint Pierre", Pierre étant le chef historique de l’Eglise.

Dès les premières années après la mort du Christ, certaines doctrines ou croyances vont secouer l’Eglise, éloigner d’elle certains fidèles. Mais ce que l’on considère comme une des premières hérésies apparaît plus comme une philosophie que comme une doctrine, comme une déviance que comme une hérésie. Le gnosticisme -du nom de gnôsis, connaissance, en grec- est un courant de pensée, une philosophie résultant de la rencontre des cultes orientaux païens, de la philosophie hellénistique, du monothéisme juif et, ensuite, du christianisme. C’est sans doute ce qui explique, en grande partie, l’extraordinaire variété de courants au sein du gnosticisme. S’étant d’abord développé en parallèle avec le christianisme, cette "philosophie religieuse", si l’on peut la nommer ainsi, va finalement se lier à lui, s’y intégrer au point de devenir une hérésie chrétienne. Ou plutôt "des hérésies" chrétiennes, car, comme il a été dit plus haut, la variété de ses courants va se retrouver dans sa dimension chrétienne et donc dans le nombre de courants hérétiques influencés par la pensée gnostique.
De fait, malgré la complexité du "monde gnostique", malgré la diversité de courants que l’on dénombre, on peut distinguer un fond commun.
Tout commence avec cette éternelle question : comment un Dieu bon par nature a-t-il pu créer un monde si mauvais ? À partir de cette interrogation, un point ressort particulièrement : Dieu est esprit, le monde matière ; Dieu est bon, le monde mauvais. Donc l’esprit est bon et la matière mauvaise.

Le héros d’un seul peuple

Monnaie portant le portrait présumé de Vercingétorix.
Monnaie portant le portrait présumé de Vercingétorix.

Comme le dit assez justement l’historien Paul Martin, « Vercingétorix est, à quelques nuances près, l’homme d’un seul livre, celui de Jules César, et le héros d’un seul peuple, le peuple français ».
Homme d’un seul livre parce qu’il semble bien que seul Jules César ait trouvé quelque intérêt, que ce soit un intérêt militaire ou, plus vraisemblablement, un intérêt politique, à évoquer le chef arverne.
En effet, pas un historien romain pour ne serait-ce que l’évoquer. Pas une ligne dans les monumentales Histoires de Justin quand le sort même de l’Arverne, celui d’un homme à abattre, aurait du lui valoir quelque estime, une oraison funèbre. Mais Vercingétorix, vaincu à Alésia, était-il vraiment « l’homme à abattre » ? Ou n’était-il qu’un prisonnier encombrant dont le corps martyrisé ne vaudra guère plus que d’être jeté -voué- aux gémonies romaines -lieu où l’on exposait les corps des suppliciés.
En fait, Vercingétorix apparaît plus, au regard de l’histoire, comme le symbole d’un monde déjà révolu : celui de l’unité gauloise et de la puissance arverne.

Ravenne, la dernière capitale

Détail d'une des célèbres mosaïque de Ravenne (Ve siècle).
Détail d’une des célèbres mosaïque de Ravenne (Ve siècle).

Déjà sous Auguste, Ravenne avait acquis un statu particulier lorsque l’empereur avait fait de son avant-port, Classis, la station principale de la flotte de l’Adriatique. Il faudra cependant la menace barbare pour en faire la capitale de l’empire romain d’Occident. En effet, en 404 et sous le conseil de Stilicon, l’empereur Honorius décida de quitter Rome et d’établir sa nouvelle capitale à Ravenne. Les raisons de ce choix ? Les marécages entourant la cité, ce qui la rendait plus aisément défendable que la cité érigée par Romulus. Un calcul qui ne suffira pas à sauver l’empire romain des barbares qui finiront par s’emparer de l’empire et par s’établir eux-même à Ravenne. Odoacre et surtout Théodoric vont d’ailleurs donner à Ravenne son véritable rôle politique tout en ornant la capitale de ce qui était leur empire de palais et d’églises magnifiques. De fait, Ravenne, qui est la dernière capitale, est surtout une capitale marquée du sceau des barbares. Au mausolée de l’impératrice Galla Placidia succédera ainsi la basilique arienne Sant’Apollinare Nuovo, le baptistère santa Maria et le tombeau de Théodoric, la fameuse Rotonde. Nourrit au lait de la culture classique, élevé durant son enfance à Constantinople, Théodoric avait, par ses constructions, imprégné de style byzantin les rues de sa capitale… qui devait tomber, en 540, sous les coups de Bélisaire et donc sous domination byzantine.

L’Evangile selon saint Jean

Icône représentant saint Jean l'Evangéliste.
Icône représentant saint Jean l’Evangéliste.

Depuis toujours, en fait depuis les premiers temps de l’Eglise, les chrétiens se sont intéressés à l’authenticité des livres saints. Et celui qui paraissait jouir de la plus grande autorité ou du moins qui faisait référence plus que les autres était l’Evangile de Jean. Il faut dire que la tradition et les plus grands dignitaires de l’Eglise primitive font référence à cet Evangile, en citant des passages entiers ou, mieux, affirmant que l’apôtre saint Jean, le « disciple que Jésus aimait » était bel et bien l’auteur de cet écrit. Le « Canon de Muratori », écrit à Rome en 180, révèle que « l’Evangile de Jean a été rendu public et remis aux églises par Jean lui-même, de son vivant, d’après ce que dit Papias de Hiérapolis ». Or, Papias est reconnu comme un disciple de Jean. La longévité de l’apôtre est d’ailleurs un allié précieux : elle lui a permis de connaître bien des penseurs de l’Eglise, de participer, non plus à une Eglise en devenir, comme Pierre ou Paul, mais à une Eglise avec qui il faut déjà compter ; une Eglise pourvue, non seulement d’évangélisateurs et de convertis, mais aussi d’une hiérarchie reconnue et établie. Et c’est son témoignage direct qu’il livre alors à ceux qui n’ont pas connus le Christ mais qui croient en la divinité du Nazaréen.

Hoche : l’homme de l’est

Lazare Hoche (1768-1797) d'après le tableau de Simon Gérard.
Lazare Hoche (1768-1797) d’après le tableau de Simon Gérard.

Ce n’est pas en tant que cavalier que Lazare Hoche va initialement fréquenter les écuries mais comme palefrenier des écuries royales. Entré en 1784 aux gardes françaises, il est caporal lorsque éclate la Révolution. Un bouleversement qui va lui permettre de gravir les échelons à une vitesse vertigineuse, au point d’obtenir le commandement de l’armée de la Moselle en 1793. Il avait alors vingt-cinq ans.
Un premier échec, à Kaiserslautern, ne devait pas augurer de la suite ; Würmser, Landau qui suivirent allaient libérer l’Alsace de la présence prussienne. Un haut fait d’armes qui failli bien lui coûter la vie. En effet, comme son rival Pichegru avait les faveurs de Saint-Just, Hoche fut traduit devant le Comité de salut public et jeté en prison. Il ne devra sa libération, et peut-être la vie, qu’à la chute de Robespierre en 1794.
C’est à ce moment que les autorités révolutionnaires décidèrent de confier à Lazare Hoche ce qui sera sa grande affaire : mater l’insurrection vendéenne. Comme toujours, Hoche allait parvenir à ses fins, enterrant pour des décennies les ambitions royalistes dans les eaux peu profondes de la baie de Quiberon.

Sylla, le fils des dieux

Buste de Sylla (138 avant J.-C.-78 avant J.-C.).
Buste de Sylla (138 avant J.-C.-78 avant J.-C.).

La fin du IIe siècle et le début du Ier siècle avant J.-C., avaient vu l’émergence de nouvelles revendications à Rome. Les Gracques avaient initié un mouvement qui allait aboutir, entre 91 et 95 avant J.-C., à une véritable guerre sociale opposant les Populares, partisans de la plèbe, et les Optimates, les clans sénatoriaux. Marius, homme d’humble extraction qui avait accédé au consulat en 107 avant J.-C., avait tenté de mener à bien les guerres extérieures -celle contre Jugurtha notamment-, et quelques réformes, mais les lois romaines elles-mêmes, le statu des uns et des autres se trouvait bouleversé du fait même des conquêtes. Des peuples de la péninsule avaient réclamé le statu de citoyen romain, avaient même créé une ligue indépendante ; les partis classiques se déchiraient, au point d’arriver à la guerre civile.
C’est dans cette situation critique pour Rome, qu’apparaît Sylla. Un homme qui va jouer le premier acte qui mènera à l’empire, donc à la fin de la République.
Aristocrate ambitieux, militaire de talent lors de la guerre sociale, Sylla atteint le rang de consul en 88 avant J.-C.. Surtout, il est un adversaire acharné des Populares et milite pour la conservation du pouvoir par les grandes familles romaines. Mais Sylla est plus qu’un conservateur. En fait, il se voit comme l’homme que les dieux ont désigné pour… régner. Exactement comme César après lui, comme Auguste et comme tous les empereurs qui feront l’empire.

Hérode, le roi des juifs… qui n’était pas vraiment juif

Jean le Baptiste présenté devant Hérode Antipas (miniature du Moyen Âge).
Jean le Baptiste présenté devant Hérode Antipas (miniature du Moyen Âge).

Si le nom d’Hérode est resté dans l’histoire, c’est, justement ou curieusement, grâce à celui que cette famille n’aura de cesse de souhaiter la fin : Jésus de Nazareth. Le premier de cette lignée de souverains, Hérode Antipater, n’était même pas originaire de Judée mais était Iduméen, un peuple arabe présenté par la Bible comme descendant d’Esaü. Les Iduméens ou Edomites étaient en fait un peuple installé sur la rive sud de la mer Morte et qui, lors de l’arrivée des Hébreux en pays de Canaan, tentèrent, en vain, de leur barrer la route. Plus tard, ils seront soumis par David et par Salomon et aideront même Nabuchodonosor à s’emparer de Jérusalem (587 avant J.-C.), traitrise qui allait leur permettre d’occuper  tout le sud du royaume de Juda. C’est à ce moment que les Iduméens devaient se convertir au judaïsme, ce qui faisait d’eux des juifs de religion mais non des Hébreux, ce qui, pour les conquérants romains, avait son importance.
Lorsque la Judée tomba sous la coupe romaine, le roi de Juda était Hyrcan II, souverain ô combien faible, dont le maire du palais, Hérode Antipater, fidèle à la longue tradition de son peuple, était tout dévoué aux Romains. Un faveur qui devait se reporter sur son fils, Hérode le Grand -qui n’a de grand que le surnom-, d’abord gouverneur de Galilée pour les Romains puis, par la grâce et la faveur de Marc Antoine, roi de Judée sur décision du Sénat romain (40 avant J.-C.).

« Carpe diem »

Horace (65 avant J.-C.-8 avant J.-C.).
Horace (65 avant J.-C.-8 avant J.-C.).

« Carpe diem ; cueille l’instant le jour, l’instant », écrivit un jour Quintus Horatius Flaccus. Une phrase qui a sans doute valeur de leçon pour le célèbre écrivain.
Fils d’un affranchi plutôt aisé devenu receveur dans les vente publique, Horace allait bénéficier d’une éducation soignée, d’abord sous la direction du sévère Orbilius, à Rome, puis à Athènes. Les luttes de pouvoir qui devaient suivre l’assassinat de César allaient cependant détourner le jeune homme de ses études et lui faire épouser le parti de Brutus qui avait levé une armée afin de combattre Octave et Antoine. C’est en tant que tribun militaire qu’Horace assiste à la bataille de Philippes (42 avant J.-C.) où il est, comme les autres, pris dans la déroute. Le jeune homme devient déserteur et doit alors se cacher. Et de retour à Rome, il découvre que ses biens ont été confisqués et vendus. Seule un reste de fortune va lui permettre de s’acheter une modeste charge de secrétaire à la questure, charge qui lui permet alors de vivre et de composer des vers.
C’est vers 41 et vers 35 qu’il compose, respectivement, ses premières Epodes et ses premières Satyres, des débuts qui lui valent rapidement l’estiment de Virgile et de Varius. Ceux sont d’ailleurs eux qui vont présenter Horace au célèbre Mécène qui, comme son nom l’indique, se plaisait à subvenir aux besoins de quelques artistes.